La Grèce entre l’Europe et le Tiers Monde

La Grèce entre l’Europe et le Tiers Monde

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http://www.atam.gov.tr/dergi/sayi-29/la-grece-entre-leurope-et-le-tiers-monde

Prof. Dr. Mohamed Chams Ad-dın MEGALOMMATİS  

Lors de ces quatre derniers ans la Grèce fut caractérisée par deux axes de politique européenne éminemment contradictoires: sous le gouvernement conservateur de la Nouvelle Démocratie (N.D.), elle a d’un côté essayé de prouver que tout malentendu existant depuis 1981 entre ce pays et les CEE relevait de la politique incohérente du PASOK le (“Mouvement” Socialiste Grec), tout en sollicitant une aide financière témoignant de la différence chaotique existant au niveau de l’économie et de l’adaptation européenne entre les pays européens les plus arriérés, tel le Portugal et la Grèce, tandis que de l’autre côté elle s’est mise à démontrer de façon solennelle que ses racines, ses moeurs, sa vie culturelle, son Académie, ses Universités, son élite politique et intellectuelle n’ont le moindre rapport avec l’évolution intellectuelle, idéologique et scientifique qui eut lieu en Europe depuis la Renaissance.

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C’était juste au moment de l’arrivée de la N.D. au pouvoir en avril 1990 (lorsqu’une terrible histoire de trahison entreprise contre le petit parti DIANA éclata, car son seul député, qui n’était pas son chef, adhéra à la N.D. pour devenir son 151ème député (sur 300) et lui offrir ainsi la majorité gouvernementale), où les Grecs s’informaient sur l’entreprise des MM. Jean-Baptiste Duroselle et Frédéric Delouche de lancer une histoire-proprement européenne-de l’Europe justifiant la réunification de notre continent et de doter les citoyens de l’Europe d’une histoire qui serait la leur. Comme il était normal, une entreprise de telle envergure avait été financée par les CEE et tout un comité scientifique avait été mis en place. L’excellent résultat de cette initiative a bien attiré les éloges dans onze pays des CEE, une fois que le livre fut traduit dans toutes les langues communautaires sauf le grec. D’autres pays européens bien concernés par le projet de la réunification européenne et par la perspective de leur appartenance aux Etas-Unis d’Europe ont préparé d’autres traductions (en tchèque, suédois, russe, etc.).

La réaction grecque contre ce livre fut irréfléchie, mal argumentée et ridicule: sans avoir lu la totalité du livre pour pouvoir comprendre le but de cette entreprise, Mr. Jean Bastias (éditeur de I’EKDOTIKE ATHENON SA, maison à laquelle le texte a été envoyé par Mme Vasso Papandréou, Commissaire aux CEE) et ses collaborateurs les plus proches, Mme. Hélène Glykatzi-Ahrweiler (naturalisée française, professeur à Paris I, président du Centre Pompidou et espérant se mêler à la vie politique grecque après la mort du Président Caramanlis), Mr. M. Sakellariou (académicien grec, ancien professeur de l’Histoire à l’Université de Salonique, qui s’intéressa d’abord à l’histoire des Grecs sous l’Empire ottoman, (surtout pendant le 18e s.), jusqu’au moment où on lui rejeta la thèse pour le laisser s’orienter ultérieurement à l’Histoire Grecque Ancienne et finalement passer une thèse d’Etat en France) et M. Andronikos (le fouilleur de Vergina, en Macédoine Grecque, qui, basé seulement sur les riches trouvailles d’un tombeau mis au jour par lui, a su l’identifier à celui de Philippe, père d’Alexandre le Grand, sans qu’une inscription quelconque l’autorise à cela), ont commencé à critiquer vivement le livre publiquement, à publier de longues “réfutations” contre cet effort “antihellénique” et à donner des interviews pour déclarer que le livre essaierait de minimiser la contribution grecque à la formation intellectuelle de l’Europe, l’histoire grecque, ainsi que l’Empire Romain Oriental (appelé seulement “Byzance” et considéré de “grec” en Grèce, malgré le fait que la langue officielle jusqu’au 7e s. était le latin et que ses citoyens s’appelaient Romains ou Romanoi). Tout cela s’est passé au moment, où le texte, qui n’était pas encore publié, leur fut confié et non pas offert à leur critique, ce qui témoigne d’un manque énorme d’éducation, d’esprit européen et de bonne foi.

A la suite de leurs réactions toujours basées sur la lecture d’une petite partie du livre, beaucoup d’académiciens, d’universitaires et de politiciens grecs ont réagi: l’archevêque d’Athènes, Sérafeim, l’ex-ministre N. Martis (qui, sans être un historien et sans avoir suivi un seul séminaire d’histoire, essaie de “démontrer” qu’il ne peut pas y avoir de “République de Macédoine” (!) et qu’il n’y a pas de langue macédonienne slave, en dépit du fait qu’elle est enseignée dans une bonne trentaine d’universités partout dans le monde, comme p.e. à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, à Paris), l’eurodéputé Papoutsis (qui n’est naturellement pas historien mais s’est demandé publiquement pourquoi il n’y a pas de référence au Parthénon dans ce livre, dont la première photo nous offre une parfaite vue sur ce monument!), l’eurodéputé Pesmazoglou et bien des autres, qui-tous-n’avaient pas lu même une seule ligne du texte!! Pour plusieurs mois les journaux et, en général, les mass-médias grecs considéraient ce livre de “témoignage des sentiments et de la haine antigrecs exprimés par le Vatican et le Monde Catholique depuis des siècles, de “produit de la propaganda sioniste minimisant les racines grecques de l’Europe”, “résultat de l’incessable guerre turque contre la Grèce”, ou même d’“effort du rationalisme occidental pour déshelléniser le Monde et l’Histoire Européenne”!!!!

Il y a une explication à tout ce qui parait ridicule ou même charlata-nesque. Toutes ces réactions, ainsi que celles de nombreux citoyens grecs, qui se sont pris pour bons historiens et essayèrent de répondre au seul plaidoyer publié en Grèce pour le livre de J.B. Duroselle (OIKONOMIKOS TAHRYDROMOS, 7.11.91, p. 47-48), en insultant le plaidoyant et en employant des expressions argotigues de très basse classe (OINKONOMIKOS TAHDYDROMOS, 4.IV.91, p. 73 “défendre l’histoire de J.-B Duroselle est un acte de folie ou de ridiculité parallèle aux intérêts des Sages de Sion”; 11.IV.91, p. 43 “De telles opinions ne doivent pas être publiées”;

2.V.91, p. 66 “En guise de réponse à notre lettre vous devez nous préciser si vous êtes Grec, si vous avez fait votre service militaire, si vous êtes chrétien orthodoxe…”; 16.V.91, p. 62 “Honte à vous”; 23.V.91, p. 86 “Vous époussetez les chaussures de J.-B. Duroselle”; 11.VI.91, p. 54 “Même si tout ce que vous dites est vrai, vous devez ne pas le diffuser, car tout cela fera du mal à notre pays”), doivent être conçues comme une expression authentique de l’incroyable mensonge enseigné aux Grecs en tant qu’“Histoire Grecque”, du manque quasi-total des Sciences Humaines dans les universités du pays, ainsi que du bas niveau de l’éducation et de la culture en Grèce et de l’esprit obscurantiste et arriéré, qui en résultent.

On verra d’abord quel est le mensonge historique que les Grecs apprennent en tant qu’ “histoire” au primaire et au secondaire: pour les “manuels” historiques (déjà vivement critiqués en Grèce) toute l’histoire de l’Humanité ne serait qu’un inventaire des influences grecques! Les civilisations minoenne (on connaît déjà très bien que les Cretois n’étaient pas des Grecs mais des Canaanéens) et mycénienne seraient “grandes”: malheureusement, même les Hittites, peuple largement influencé par les Hourrites et les Assyrobabyloniens, ne considérèrent jamais les Grecs du IIe millénaire d’“importants”. Les Grecs de l’époque classique auraient tout inventé: malheureusement, les Orientalistes ont depuis bien des années prouvé que tout était déjà connu bien avant les Grecs. Les découvertes des Orientalistes demeurent inconnues en Grèce, puisque les quelques Orientalistes grecs travaillent à l’étranger, ou bien sont mis à l’écart en Grèce, tout en étant considérés de “dangereux”. D’après ces pseudomanuels, Alexandre le Grand aurait initié les peuples orientaux à la civilisation: malheureusement même les sources grecques font état de son attitude de respect et d’excellente considération envers les anciennes civilisations. Evidemment, ces sources, on les passe sous le silence, tout comme toute autre source grecque témoignant de présence ou d’influence orientales, car on sait très bien que Thaïes, Platon, Anaximandre, Pythagore et tous les autres philosophes grecs ont pris leur “route de Damas”! D’après ces “manuels”, les Romains seraient des barbares à jamais, à condition de n’avoir pas été civilisés par les Grecs! Même le christianisme y devint une mixture “hellénico testamentaire”! Tout cela dépasse les limites du ridicule, mais on atteint déjà le charlatanesque par l’incroyable altération de l’histoire médiévale: l’empire romain oriental, devenu “byzantin” pour les savants byzantinistes du dernier siècle, serait l’“empire grec médiéval”, ce qui est une pure tromperie, puisque le mot même “Grec” était une grave insulte pour tous les citoyens “romains” de l’empire oriental.

Pour toutes les périodes de l’histoire avant la Renaissance dans les manuels grecs il n’y a que quelques pages dédiées à l’histoire d’autres peuples. Tout ce qu’on enseigne sur les anciennes civilisations (quelques 20 pages), est tellement faux, qu’une réfutation publiée dans la revue SYNCHRONI EKPAI-DEVSI (nos 32, 33, 34) nécessita 34 pages de la revue!! Le racisme antisémite grec trouve sa place partout, où il y a une référence aux Hébreux (et aux Juifs). Les Grecs n’apprennent sur l’Islam que l’hystérie antiislamique des théologiens du Moyen-Age, tandis qu’fl n’y a rien dans ces pseudomanuels sur les Sassanides et l’Iran islamique, l’Inde, l’Asie Centrale, les Celtes, les Chinois, le Japon, le Tibet, l’Afrique et l’Amérique précolombienne.

Les Grecs modernes croient qu’ils sont la suite ininterrompue des anciens Grecs! Ils n’acceptent pas que les invasions slave (7e s.), albanaise (12e-13e s.), serbe, roumaine et latine (13e-15e s.) ont complètement transformé la face du Sud de la péninsule balkanique et limité les Grecs en Anatolie et à Istamboul. Ils n’acceptent pas que la langue grecque était diffusée par le patriarcat orthodoxe parmi tous ces peuples seulement en tant que langue sacrée de leur religion. C’est pour cela que les émeutes slavo-albanaises de 1821-1828 ont été appelées “révolution grecque”, tandis que le grec n’était pas la langue maternelle des héros de cette révolution. (Botsaris, Canaris, Miaoulis, Caraïscakis et les autres disaient qu’ils étaient “Arvanites”, c’est-à-dire Albanais; Botsaris a même essayé de composer un système d’écriture albanaise basé sur les caractères grecs). Là où il y eut une ingérence franco-russo-britannique contre l’Empire Ottoman (combat naval de Navarino), les Grecs apprennent sur l’héroïsme de leurs ancêtres, qui n’y ont même pas participé! La fameux tur-cologue grec Dimitri Kitsikis, qui a fait sa carrière en France, au Canada et en Turquie, démontra pourtant, à travers son manuel sur P”Histoire de l’Empire Ottoman”, que les seuls vrais Grecs (ceux qui vivaient à Istamboul et en Anatolie) avaient pris position contre ces émeutes qui allaient démolir un système, auquel ils participaient vivement. C’est pour cela que le Professeur Kitsikis fut tellement insulté en Grèce.!

Où faudrait-il chercher les origines de cette illusion? On devrait se reporter aux fondements de l’Etat pseudogrec de 1828. Le grec y devint langue officielle, mais on y parlait plusieurs dialectes, où la grammaire, la syntaxe et le vocabulaire n’étaient pas grecs dans leur majorité (seules les parties albanaise, slave et turque faisaient plus de 2/3 du vocabulaire). Le patriarcat orthodoxe d’Istamboul trouva opportun de se doter d’un état cosmique et la langue grecque, commune pour les populations chrétiennes du petit pays, serait le biais, par lequel il essaya d’en forger l’unité. Une classe politique quitta Istam-boul et les communautés grecques de l’occident pour y exercer le pouvoir. C’est ainsi que deux courants idéologico-politiques se formèrent: les uns, formés par l’église orthodoxe, anti-occidentaux et plus particulièrement anti-français, s’orientaient vers la perspective obscurantiste de l’établissement d’un Etat “néobyzantin” religieux. Les autres, influencés par les Lumières, admiraient un Hellénisme idéal, perdu à jamais depuis 146 avant notre ère, mais ils étaient obligés à se compromettre. C’est ainsi que l’éducation ne pourrait qu’être formée d’éléments très contradictoires qui aboutirent à composer une fausse idéologie: celle du terme même, nous prête à rire. C’est en dosant toujours davantage que les uns et les autres arrivèrent à surenchère. Les dictateurs Métaxas (1936-1941) et Papadopoulos (1967-1973) furent d’ailleurs les propagateurs les plus fervents de la “civilisation gréco-chrétienne”. Par conséquent, les anciens Grecs ne pourraient être que “la base de l’évolution historique mondiale” (!) et l’histoire elle-même ne pourrait exister que pour “nous” amener à Jésus-Christ (!), une fois que cet état n’était pas laïc. Il est bien évident que de terribles et incroyables violations des Droits de l’Homme se perpétuèrent en Grèce jusqu’aujourd’hui et les Albanais (Arvanites en Grec), les Slaves grécisés, les Slaves Macédoniens et les Vlaques n’ont pas pu suivre l’enseignement primaire et secondaire dans leur propre langue maternelle mais en une langue totalement artificielle, appelée archaïsante et puriste, pour avoir été fabriquée à seul but d’éliminer les dialectes, de remplacer les mots d’origine non grecque par d’autres et d’introduire un vocabulaire grec. Pour que cette aventure puisse avoir un succès, tous les habitants du pays apprenaient continuellement que la langue enseignée aux écoles était “correcte” et qu’ils étaient les descendants malheureux d’un grand peuple “détruit par les Turcs, les Slaves, les Albanais, les Latins (terme employé pour les Croisés), le Pape et la Franc-Maçonnerie française!”

Si cela est aberrant ou même abominable, les résultats d’une telle autotromperie sont bien plus désastreux, car la survie de ce monstre idéologique nécessitait des mesures spéciales, ainsi qu’un contingentement sans précédent. Tout cela ne pourrait qu’aboutir à un manque quasi-total des Sciences Humaines dans les universités de ce pays.

Très peu de domaines scientifiques furent permis dans les universités grecques: presque toutes les branches des science historiques, philologiques, archéologiques et religieuses n’existent pas en Grèce. A part tout ce qui existe sur les différentes phases de l’histoire, de l’archéologie, ou de la littérature grecques, il n’y a que ces quatre départements: “Littérature anglaise”, “Littérature française”, “Littérature allemande” et “Littérature italienne”. A l’enseignement secondaire un élève grec ne peut apprendre qu’une langue étrangère: soit le français, soit l’anglais. Il n’y a pas d’ “Agrégation” en Grèce; les licenciés enseignent les différentes matières, même si à l’université la bibliographie offerte et obligatoire pour les examens de chaque Unité de Valeur (il en a 28 jusqu’ à la Licence) n’est qu’un seul manuel (200-300 pages) par cours. Il n’y a pas d’études post-universitaires en Grèce. Ceux qui élaborent une thèse, en Grèce, préparent un travail du niveau de la Licence française ou même pas, sans suivre des séminaires spéciaux et sans employer la méthodologie scientifique (la bibliographie périmée est très souvent employée). Il en résulte une ignorance sans précédent et tout cela touche successivement les masse-médias, le livre, la culture moyenne. Ce manque quasi-total de sciences humaines et surtout du Monde de l’Orientalisme permet à cet hellénocentrisme obreptice de survivre, mais rend tout de même le Grec moyen un être désinformé, obscurantiste et nationaliste in extremis.

Récemment la classe politique et universitaire grecque a compris qu’elle ne pourrait plus continuer ses méthodes arriérées dans le cadre de la Communauté Européenne. Sachant que tout enseignement éventuel d’un domaine de l’Orientalisme risquerait de détruire (de toute vitesse) la pseudoconstruction du grécocentrisme, l’établissement grec fut obligé d’introduire un certain nombre limité de séminaires orientalistes pour permettre à des non-orientalistes d’y enseigner et d’y présenter une altération quasi-totales des données historiques. Ils pensent qu’en agissant de cette façon ils n’auront pas de problème de contestation du grécocentrisme!

Il faudrait ici citer quelques cas pour laisser les lecteurs comprendre ce qui se passe dans les “universités” de ce pays théoriquement européen:

Un théologien, qui n’a jamais suivi un seul séminaire d’islamologie, Mr. Constantin Patélos, a occupé une position d’islamologue à l’Ecole Panteîos des Sciences Politiques de l’Université d’Athènes. Sans avoir jamais publié quelque chose relative à l’Islam, ce monsieur-là devait écrire et publier un manuel, qui servirait de (seule) base à ses étudiants (faute de quoipersonne ne pourrait enseigner dans une université grecque quelconque, une fois que la méthode universitaire internationale de demander une bibliographie générale et spécialisée relativement extensive n’est pas pratiquée en Grèce). Dans son manuel C. Patélos enseigne que “l’Equateur traverse la péninsule arabique”, que (le mois du calendrier islamique Dhou’l Hidjdja, écrit par lui) “Dhou 1 Hidjdja est un courant musulman”, que “Mahomet a fait d’Abu Bakr un Imam” (tandis que ce dernier fut élu calife après la mort du Prophète), que “les Assyriens envahirent le Yemen’“, ou bien que “Jésus est aussi le Messie des Musulmans”, etc.

Un professeur de théologie orthodoxe à l’Université d’Athènes, Mr. Savas Agouridès, qui n’a jamais suivi un seul séminaire sur le Gnosticisme de l’Antiquité Tardive, a voulu organiser la traduction en grec d’un volume anglais publié par la maison hollandaise E.J. Brill, où une série d’experts internationaux sur le Gnosticisme a préparé d’excellentes traductions des manuscrits coptes de Nag-Hammadi (Egypte). Dans le volume grec, ce professeur a essayé de caractériser ce courant philosophico-religieux de l’Antiquité Tardive de “pseudophilosophie”, de “suicide intellectuel du monde gréco-romain”, ou bien “de langage absurde et contradictoire”, expressions que les spécialistes internationaux n’ont jamais su se permettre.

Le bas niveau de l’éducation et de la culture se manifeste très vivement en Grèce: la revue mensuelle DAVLOS (“Flambeau”), diffuse les idées suivantes: “La civilisation européenne n’est qu’une caricature déformée de la civilisation grecque”, “les Grecs gouvernaient le monde entier vers 15.000 avant notre ère”, “la langue grecque a été formée par les bruits de la nature, le vent, la mer, etc.”, la langue grecque est la seule vraie langue qui existe”, “toutes les autres langues du monde dérivent du grec, qui est plus riche, puisque cette langue contient 6.000.000 mots” (!), “Saturne, Jupiter et les autres “dieux” des Grecs n’étaient pas “dieux” et les anciens Grecs ne les considéraient pas de “dieux”, mais ils étaient des rois historiques vivant avant 10.000 avant notre ère et c’est seulement à cause d’une conspiration sioniste des Juifs de l’Alexandrie grécoromaine que cette histoire fut réduite à un “mythe” proprement dit”. Evidemment la revue DAVLOS rassemble des néofascistes analogues à ceux de la Pen et de son parti, mais elle rassemble aussi la moitié du parti (gouvernemental) de la Nouvelle Démocratie; un professeur de philosophie à l’Université d’Athènes et candidat malheureux de la Nouvelle Démocratie en Etolie/Acarnanie, Gr. Costaras, appartient à ce circle. Mme. Anne Synodinou, ancien ministre de C. Caramanlis, se basait sur des articles de cette revue lors de ses discours antisocialistes parlementaires. Elle a également travaillé avec ce circle pour la cause commune de “l’alphabet grec”, puisque DAVLOS attache une importance sans précédente à la diffusion du mensonge que l’alphabet phénicien vient de l’alphabet grec et ne veut accepter d’aucune façon l’unanimité scientifique sur l’origine phénicienne de l’alphabet grec. Mme. Anne Synodinou a demandé (en 1986-87) au ministre socialiste de l’Education d’effacer les mensonges antigrecs” de tout manuel de l’enseignement secondaire grec! DAVLOS a publié sur le livre de Jean-Baptiste Duroselle un article entitré “Ex Olympo lux” (la fameuse montagne d’Olympe résidence des “dieux” grecs, dont je viens de vous donner la connotation selon DAVLOS). Hélie Tsatsomi-ros, l’auteur de cet article (DAVLOS, No. 102, Juin 1990, p. 5857-5861), qui ne s’est jamais même pas inscrit à une université quelconque, a su caractériser ce livre de “monstre”, “falsification de l’Histoire”, “conspiration satanique contre toute chose grecque”, “pseudohistoire”, “modèle de l’intolérance manifestée par ceux qui sapent les fondements de la Justice Universelle, écrit par le sage de la falsification et de l’absurde qui est aussi un “exploiteur international” et “a attaqué son seul rival, la langue grecque, à cause de sa détresse”. Tout cela fut répété par Mme. Anne Synodinou et bien des autres.

On devrait finalement aussi signaler le cas d’ELLOPI cette revue nationaliste et chauviniste, qui a circulé récemment. Là, on trouve beaucoup d’articles signés par des professeurs de l’Université d’Athènes; ce n’est donc pas un marginal. Dans l’article éditorial du fascicule d’avril-mai 1990, la perspective de l’unification européenne est vue comme celle d’un mégal-Etat international, totalitaire, niveleur”. L’intérêt manifesté par la CEE pour les pays de l’Europe de l’Est serait (pour un autre auteur) “dangereux pour la Grèce. Un autre écrivain y demande un effort grec pour proselytiser les Turcs de la Thrace (Grèce du Nord-Est) au christianisme. Pour un autre écrivain, non-diplômé bien sûr, “tous (même le “terrible monde des Sociétés Secrètes”, les Noirs, les Jaunes, les Lapons) doivent tout à l’Hellénisme”. Un professeur de l’Ecole Pan-teios des Sciences Politiques écrivit pour s’approprier les monuments araméens et romains de la Jordanie et pour les présenter comme “grecs”!

Ekdotiké Athénon a publié un volume de “Mythologie Universelle” dans son “Encyclopédie Pédagogique (?) Grecque”, qui devrait présenter le contenu mythologique des religions considérées “mortes”. La moitié du volume est dédiée aux mythes, héros, dieux grecs; le reste essaie de présenter le contenu mythologique des religions sumérienne, accadienne, assyrobabylonienne, égyptienne, hittite, hourrite, phrygienne, arménienne, canaanéenne, phénicienne, mithraiste, romaine, étrusque, celte, germanique slave, euro-asiatique, américaine, africaine et océanienne. Le déséquilibre, qui en résulte, est énorme et ses conséquences au niveau de la culture grecque moyenne s’avéreraient catastrophiques. L’esprit soi-disant proeuropéen de l’éditeur, Mr. Jean Bastias, se dégage très facilement. Il me suffit de vous signaler que l’article “Graal” est présenté dans seules 24 lignes, au lieu de 1.120 lignes pour les “Sept contre Thèbes”! Je dois vous indiquer que cela ne rélève point d’un effort commercial de “plaire” aux lecteurs mais constitue carrément un choix idéologique lié au grécocentrisme nationaliste, dont je viens de vous parler. Le Grec moyen n’a même pas entendu parler de ces “Sept contre Thèbes” et, au contraire, les jeunes ont appris sur Graal, grâce au récent film de Spielberg “Indiana Jones and the last Crusade” et aux acteurs Sean Connery et Harrison Ford.

Un philologue helléniste grec, qui n’a jamais suivi un séminaire orientaliste, Constantin Siamakis, publia un livre de 900 pages sur “l’Alphabet” pour informer ses lecteurs que “ce que les Orientalistes disent, qu’ils ont traduit les textes préalphabétiques (égyptiens, assyriens, sumériens, hittites)” constitue un “énorme mensonge”. La chronologie acceptée par tous les Orientalistes pour les souverains de l’Orient préclassique serait “ridicule”! Le fameux savant tchèque, Hrozny, devint ainsi un “idiot”!!

Il faudrait insister que tous ces cas sont représentatifs et ne concernent pas des écrivains marginaux. Le livre d’André Andrianopoulos, ex-ministre de la Nouvelle Démocratie, est très indicatif d’ailleurs; ce monsieur-là écrivit un tout petit texte d’environ 6.500 mots et il le publia en tant que livre de 51 pages! Andrianopoulos, qui n’a jamais étudié l’Islam, jamais suivi un séminaire d’islamologie, jamais effectué des recherches orientalistes, écrivit pour “Le fanatisme islamiste et les dangers qui en résultent pour la Grèce”. Il fut pourtant prouvé dans une revue scientifique (Journal of Oriental and African Studies, No. 2,1990, p. 270-272) qu’Andrianopoulos n’a même pas lu la bibliographie qu’il présenta! Pour ce député actuel la Turquie et la Syrie existaient en tant qu’Etats avant 1914 (!!), époque à laquelle il y aurait des “émirats” en Mésopotamie (!!). En plus, les Balouachis (Iran du Sud-Est et Pakistan du Sud-Ouest) qui sont des Sunnites, sont présentés en tant que “partie importante de la majorité chiite (et non pas sunnite, comme il faudrait) de la population musulmane de l’Asie Centrale Soviétique”!!!!

Le fameux livre de mon ancien professeur à l’E.P.H.E. (IVe section), Maxime Rodinson, “Les Arabes”, fut malheureusement traduit en grec. Le traducteur a su traduire le terme “Sudarabique” (pour les Yéménites préislamiques) par “Arabe Saoudite”, comme si la famille d’Ibn Saoud vivait avant Mahomet! Il serait ici important d’insister sur le fait qu’il n’y a pas de département “Traduction-Interprétation” dans les Universités grecques et que les maisons de publication ne demandent pas de traducteurs diplômés. Il arrive que des Grecs, qui n’ont pas obtenu même un “Certificat” (octroyé par l’Institut Français d’Athènes) ou un “First Certificate” (octroyé par le British Coun-cil of Athens), traduisent des livres d’éminents savants et auteurs étrangers.

Il y a l’opinion que les Occidentaux, et plus particulièrement les Français, sont des idiots; il y a même le mot “Koutofranghi” pour “Français-idiots”. Cela est dû à la haine antioccidentale et antifrançaise de l’église grecque.

Comment pouvait-on d’ailleurs procéder autrement dans un pays, où les Lumières ont été considérées comme P”oeuvre satanique de la Franc-Maçonnerie” et les obscurantistes ont créé pour leurs rivaux (qui étaient peu nombreux d’ailleurs) le terme “luminatistes” (fotadistès), attribué à d’excellents chercheurs, tel Mr. A. Dimaras, bien connu à l’étranger.

Depuis la décision de Caramanlis de demander l’adhésion de la Grèce aux CEE tout l’établissement politique-intellectuel-universitaire grec a pris la décision de ne plus permettre à personne de diffuser les liens, même contemporains, existant entre la Grèce et le Moyen-Orient, afin de ne pas nuire à ses intérêts politiques, économiques etc. La réponse serait pourtant facile à Mar-tis, ex-ministre de Caramanlis, qui aussi parla contre le livre de Jean-Baptiste Duroselle: Alexandre le Grand n’est pas sorti de la frontière occidentale de son pays, tandis qu’il est allé plus de 3.500 km. (en ligne directe) vers l’Est!!!

Il y a en Grèce beaucoup de gens et de savants qui partageraient ces opinions et analyses, mais ils ne le font pas publiquement, puisqu’ils travaillent au secteur publique et ils auraient beaucoup d’ennuis. Cette situation correspondrait parfaitement bien à ce qu’on entend par “terrorisme intellectuel”.

Il en résulte que la Grèce n’est pas un pays européen et qu’il serait opportun de reconsidérer la politique communautaire à l’égard d’un pays du Tiers-Monde, qui se trouve sur le territoire européen grâce à un accident historique; d’autant plus que ce pays est bien plus arriéré -au niveau académique et intellectuel- que bien des pays asiatiques, africains ou sudaméricains. A la veille de la réunification du continent européen, où la Russie libérale et la Turquie à Etat laïc auraient de plein droit leur place, tout en offrant à l’Europe son universalité, il serait bien plus intéressant d’envisager l’albanisation de la Grèce, en se débarassant de la sorte du lourd et inefficace fardeau que l’aide communautaire impose à l’économie européenne.

 

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